Diverses traductions
Un paysage hollandais pour Isla McGuire
Je te racontais ce que Fromentin disait
de la promenade à l'intérieur du tableau
quand, à moitié aveugle, tu as sorti une longue-vue
et tu t'es installée à une mauvaise distance.
Deux semaines plus tard, au moment de nous quitter,
ton regard m'a cherchée à l'intérieur de moi-même
comme quelqu'un scrutant à travers un télescope
de sombres étendues.
Tes patients se révélaient à toi dans leur sommeil
comme si le corps, désormais hors cadre, était un espace
qui se déployait dans l’espace, étendue sur étendue.
Et quelque part dans l’obscurité, l'enfant.
Combien de temps le ciel garde-t-il sa clarté
quand, de ciel, elle est tant composée.
Lavinia Greenlaw
La fourmi s'accroche aux objets avec ténacité.
Elle avance lentement, se déplaçant avec eux,
comme l'invisible se déplace dans le monde visible.
Un cheveu pour un brin d'herbe. Un scarabée pour un grain de blé. De trace en trace.
Ainsi grandit ce qu'on appelle notre maison.
La frontière entre la sécurité du tunnel et l'espace insoutenable.
Elle revient de plus en plus loin, toujours par les mêmes chemins.
Elle n'apporte avec elle ni messages, ni prophéties.
Un point final à une phrase de plus en plus complexe.
Et il n'existe pas de mot pour nommer ce qu'elle est.
Quand elle disparaît dans son labyrinthe, seul demeure cet espoir
Qu'il existe au moins des mots pour nommer ce qu'elle n'est pas.
Aleš Šteger
Á Jirka
Un cadeau devenu fardeau.
Un fardeau devenu cadeau.
Tout ce que nous voulions simplifier
nous enserre désormais
comme des tiges ligneuses.
Habits et cheveux pris aux épines.
Tu m’as donc amenée ici.
Peut-être était-il nécessaire
que toutes les lunes se rencontrent
au-dessus du fleuve.
L’étroite comme une aiguille courbée,
l’incomplète au visage sans yeux,
et la ronde en inox, couvercle voué
à veiller sur l'eau bouillante,
à changer la vapeur en larmes.
Bien davantage que ce que
nous aurions pu espérer.
Tereza Šustková
Tu répètes toutes les fautes de l'humanité.
Tu as essayé de t'emparer
du tombeau de Dieu.
Tu as mis les voiles vers le Nouveau Monde,
en a ramené des autochtones, des poivrons rouges
et du café.
Tu as fait flotter un drapeau comme une statue
de la Révolution.
Tu as laissé les enfants mourir de la peste.
Puis tu t'es assis dans un coin,
et t'es mis à pleurer.
Voilà ce qu'est l'Occident :
os sur os
pierre sur pierre
un château un seigneur
attrape un dé,
et le perd,
plante sa tente, partage avec des moines
une soupe faite des os blancs du monde ...
Et en dessert, du vin et des fruits,
qui sont tristes
comme la porte de l'Occident
avec un goût de liqueur de pomme arménienne,
toutes ces pommes d'or étincelantes de l'Orient
se pressant aux funérailles de la Grèce,
à la bataille de Chéronée
Sylva Fischerova

Commentaires
Enregistrer un commentaire