Poèmes de Viola Fischerová (traduction)

 

 

 

 


À Marta Železná



Puis un dimanche matin
sur la place du village
son visage soudain se fige
à l'idée qu'elle ne sait pas
où et quand
déjà dans son enfance
en petite robe et bonnet
le mur éblouissant
se termine face au soleil
et que ça fait longtemps
qu'a commencé la seconde
de bonheur à venir
sur la place le matin
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Est-ce moi cela ? Sans faim sans masque sans habits sans nudité sous les ailes
d'un cygne noir qui ne forme qu'un
avec toi










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Mais où au juste
dois-je aller
dans cette obscurité 
parmi les étoiles 
où ma jeune mère tourne 
et danse

semi-virginale 
ses hanches étroites
et ses yeux de renarde 

Elle ne veut pas encore 
de moi elle ne m'a pas 
encore et encore
elle se détourne 
pour regarder ailleurs

et je suis oh déjà
sa peur et elle
mon anxiété

Ce premier jardin 

Là les aigles et les serpents 
boivent aux yeux 
de l'enfant à naître
et une licorne blanche
tue filles et embryons
dont elle est l'ennemie

Là le fleuve ne coule plus
on cuit les enfants au four
et où tu es
tu es contraire

Assez mère
Toutes deux avons avalé un serpent
Moi en toi et toi
en moi

Comme tu m'as gardée !
Une vie entière comme la prunelle 
de tes yeux
qui implacables ne cillent pas 
tes yeux mes yeux
Arrêtons cela 

Après tout mère 
tu ne me diras jamais
où aller
dans cette obscurité
où jeune fille tu danses
parmi les étoiles










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Et puis soudain tu revêts ton autre visage


Trois hommes âgés te reconnaissent

Ceux pour qui croire c'est voir

La jolie fille pleine de joie que tu n'as pas été











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Tes mains me brûlent encore 
plus ardentes aujourd'hui sur ma peau
que dans l'herbe d'avril à la lumière du mur 
où ne cesse de te chercher
mon désir autrefois nu










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Et elle retient par cœur
les chauds alezans
et l’argile de l'automne
les diverses nuances de vert
et la lumière du crépuscule
la voix sèche des cigales
et les sonnailles
derrière les puits de mines

Tout cela elle l'épouse
quand ce qu'elle perd
devient entièrement sien










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À Jana Grossmanová



Elle cherche à atteindre une ombre
d’où le dimanche elle pourra voir
tous ces corps épanouis qui rosissent
allongés sur l’herbe au soleil
bien qu’éternelle
l’image ne change rien au fait
que la verdure laisse pendre ses ailes
et commence à virer au bleu










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Comme le corps de sa jeune chienne
est beau et comme sa forêt noire
repose avec grâce les collines
plus obscures et les ombres de l'aine
Mais c'est en vain
qu'elle connaît son secret
Un jour elle désirera sans rien assouvir
puis l'amour lui préparera
l'apparence d'une douce
vie de chienne










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À Vladimíra T.



Oh qui pose encore des questions
sur sa vertu et sur le nombre
de lits où elle tua le désir
sur la forme de ses yeux
et sur sa honte
quand un matin au lit elle enjamba
son corps et rampa
de nouveau vers le jour
sans enfant qui puisse
être meilleur ou
plus mauvais
peintre
que lui










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Seigneur tu m'as donné mon destin

Je ne comprends pas
ce que je n'ai pas le courage de comprendre

Je suis seulement cela qu'en moi
j'ai lié aveuglément à toi










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À Josef




Où et comment
pourrait-elle passer ses vieux jours
durant les longs après-midis d'été

Flânera-t-elle
sous les chênes majestueux
dotée d'une mémoire d'or
qui s'efface
ou dans les cafés qui l'ont vue grandir
à grignoter ce qui est pour elle
et ne l'est pas

ou alors s'asseoira-t-elle
sur le banc de la grande place
d'un village étranger
ses minces racines plongées
dans la poussière et l'argile
avec l'ancienne sonnerie
et l'odeur âcre
des étables et des écuries










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De quel été le vent 
s'en revient-il me caresser
sur le rocher 

Au clair de lune
la mer est sombre 
les arbres clairs dans la vallée
se blottissent l'un contre l'autre
et rongent 
leur propre obscurité

Le corps passé est endormi

Apparaît sur le chemin blanc 
Une ombre fixe










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Elle ne voit pas ce qu'elle entend
et ne comprend pas ce qu'elle touche
L'odorat éveille une mémoire
mais la mémoire des yeux ne parle pas
à la mémoire de l'ouïe et le toucher
ne suscite que l'angoisse
de l'inconnu

Elle pense à ce qu'elle oublie de faire
à ce qu'elle accomplit
différemment chaque jour
au lit malgré celui
qui l'a abandonnée
et qui connaît seul
le destin des os et de la terre










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À présent
Tu ne te blottis encore
Que dans le sommeil

Un chat le jour
Des rêves la nuit
Te révèlent

Ce que tu piétines
Ce que tu ignores
Ce que tu désires










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À Pavel



Quand il lui vient à l'esprit
qu'elle ne désire plus rien
un paysage révolu la rattrape
à l’ardent soleil de midi
- Un jour sur cette pierre-ci tu riais
dans les vagues
tu étais vraiment heureux -
Pour moi, de l'avenir, ne reste
que ce qui s'est passé.












Traductions d'Oriane Celce.


Source : Babí hodina, de Viola Fischerová. Nakladatelství Franze Kafky, Praha, 1995.




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