Pers(é)phone [bilingue] [En cours]

 








It’s coming again

with the October

mist, the last roses

of the year


those feelings — 

fear and shame

learnt at too early 

an age


as the damp earth

swallows you up


you may forget —

but once 

you’ve seen

you can’t unsee








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Je me demande parfois si Perséphone 
est revenue
de son silence de neige ;

si dans la maison vide elle a mis l'eau à bouillir
et préparé le thé pour des convives absents.

Le printemps sage comme un vieux chien
se couche-t-il à ses pieds ? D'une beauté
intacte, malgré les miroirs retournés

se tient-elle à la fenêtre, cherchant du regard 
la jeune fille d'autrefois
passant près des violettes ?

Le vent souffle et souffle
sur la maison de Perséphone, les fleurs 

lui répondent en inclinant la tête.







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While I’m away, would you 

please keep my body.


You can feed it cakes and tea 

then sit it near the fireplace


so it is nice and warm.


Just remember to protect it

from the roaming people and

beasts. It is completely


defenseless. I’m going down 

to the coldest lands.


I might be back in spring.








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Je vis dans une image ainsi qu’une photographie,

dans une maison froide où, près d’une fenêtre, 

est posée une corbeille de fruits.

Comme ils m’exaspèrent, les pas dans le couloir,

qui vont, qui viennent ! Et ailleurs, 

dans une cité d’Empire 

où les gens ordinaires semblent aussi insignifiants

qu’une nuée de passereaux. 

Une version de moi remplit des papiers 

pour se défaire de son nom.

Une autre s’est avancée pour arranger la corbeille,

et s’asseoir près de la fenêtre. La vue

est un peu triste, griffée de branches nues

qui fouillent le paysage en vain.

La nuit, j’ai remonté le temps, remonté l’hiver, 

grondant et piaillant tel un oiseau furieux.

Le courrier reçu ce matin

certifie que je suis la fille 

du soldat inconnu.








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Persephone — they call me,

the Maiden,

the smuggled one.


In their prayers,

they hesitate 

for they don’t know whom

to address —


syllables of light 

or despair —


the names I also fear.








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Ouvre la grenade, haruspice,

et fouille dans ses entrailles. Je crois

l’avenir semblable à ces pépins éclatés,

à cette béance obscène — demain

est un fruit éventré. Plante le couteau 

du sacrifice à l’intérieur de la chair.

Je ne connais qu’une saison

où se répand la même lumière, faible

et rose comme celle de la grenade,

sur le seuil de l’hiver.








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Where to belong ?

she asked,

trying to smooth her dress

with eager hands.


Don’t even know the

nostalgia, the kind of bridge 

we could reach on.


Her body kept moving

with her no longer noticing,

as her soft, weary 

voice was fading away.


There’s a river in my head,

and shadows come to drink ;

their look in the water


no human eye bears to see.








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J’étais un être de colère ; avant cela, de chagrin. 

Je prenais part à des noces amères,
au lieu de ma séquestration.

De libations en sacrifice - et pour quel dieu ? - 
mon corps devenait plus affûté 
comme une pierre faite pour déchirer, 
transpercer l'air d'un seul mouvement. 

J’étais un être singulier, tout entier rassemblé 
dans cette force contenue ; 
mais je priais des nuits durant, pour que le gel 
me fende, et que mon éclatement 

entraîne sur la terre de froides semaisons.







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Life is a pomegranate 

cut in half.

So many corridors,


so many seeds

glowing like stones —


small silent stones

in the jeweled casket 

of the earth.








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Ce n'était que le rêve 
d'une histoire naturelle.

Dans le musée des souvenirs,
les os des sentiments 
polis par les années ; ivoire
brillant et doux. 

De vertèbre en vertèbre,
tu descendais une gamme
le long de la mémoire.

Si la musique te guidait,
pourrais-tu retrouver 
ce qui demeure sous terre ?

Je n'ai d'outils que mes mains
qui ne savent pas creuser.






















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